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Femmes et performances des entreprises

Annie Batlle, membre de HRM, journaliste et auteur, a notamment publié avec Sandra Batlle Nelson « Le bal des dirigeantes, comment les femmes transforment le pouvoir »* et travaille sur les questions femmes et entreprises, femmes et développement.
Au cours du petit déjeuner du 20 février 2009, elle a débattu librement avec les femmes du Club des corrélations qu’on peut établir entre la présence des femmes aux niveaux de direction et la performance des entreprises.

Q Comment vous êtes vous intéréssée aux liens entre les femmes dirigeantes et la performance des entreprises?

R Le bal des dirigeantes décrivait en 2006 les obstacles auxquels sont confrontées les femmes qui veulent accéder à des niveaux de responsabilité élevée dans l’entreprise, les leviers possible pour les franchir. A travers toute une série de portraits, il montrait le comportement des femmes qui avait réussi à prendre des responsabilités importantes. Nous évoquions également le fait que, si les résultats en terme de performance économique étaient significativement reliés à la présence de femmes aux postes de direction, leur progression pouvait être plus rapide que pour des raisons purement éthiques, ou démocratiques. Nous citions déjà quelques travaux chiffrés, mais lorsque j’en parlais, hommes et femmes me répondaient : « Il s’agit de corrélation et pas de causalité ».
Ce qui n’est pas faux, mais un peu rapide. Dans la complexité actuelle plus personne n’imagine trouver la cause unique qui produise un seul effet : il s’agit toujours de faisceaux de causes .C’est l’interaction entre différents éléments qui crée une dynamique, pas un élément seul. Ainsi on constate que ce sont les entreprises les plus modernes, les moins hiérarchiques, les plus ouvertes, qui ont davantage de femmes dans leurs directions. Mais on constate aussi que les entreprises qui ont des femmes au pouvoir …sont plus dynamiques et ont de meilleurs résultats. C’est la poule et l’œuf. Où est le problème ? Le fait est que les résultats sont meilleurs quand il y a des femmes et c’est ce qui compte et qui peut décider les entreprises les plus archaïques…

Q. L’économie a toujours été une chasse gardée pour les hommes est ce une des raison des difficultés des femmes pour accéder aux leviers économiques?

Je voudrais juste faire une allusion aux travaux des organisations internationales (ONU, OCDE, FAO, BIT, Forum Mondial) qui non seulement démontrent que le développement économique passe par les femmes, et qui ont dressé des cartes sur le lien entre l’émancipation des femmes et le développement des pays. Le micro crédit repose à 80% sur les femmes. Quand les femmes ont la maîtrise du budget, elles en consacrent 75% à l’hygiène, à la santé, à l’éducation des enfants, de la famille et à la communauté, les hommes 35% à 45% seulement. Les travaux « invisibles » des femmes, parce que non rémunérés sont essentiels à la survie économique et dans les pays développés eux mêmes ils constituent 40% du PIB d’après le forum économique mondial.

Q Quels travaux comparatifs pouvez-vous citer sur les performances des entreprises qui ont féminisé ou pas leurs directions?

Très schématiquement: les premières analyses chiffrées ont été effectuées par les pays anglo saxon qui ont pratiqué la discrimination positive. En 2001 paraissait dans la Harvard Business Review une étude menée auprès de 215 entreprises (listing Fortune) entre 1980 et 1998. Conclusion celles qui avaient des femmes à leur tête avaient de meilleurs résultats. Le think tank Catalyst mène des études périodiques sur le sujet concluant également que les retours financiers sont meilleurs pour les entreprises féminisées. Les Business Schools de Cranfield, de Columbia se sont livrées à des analyses statistiques convergentes. De même en Europe, les études de Mc Kinsey, de l’université de Lausanne, du think tank finlandais EVA. Toutes ces études donnent des résultats assez précis, en fonction du nombre de femmes, du secteur économique… etc. En Europe et en France les travaux sous forme d’enquêtes et de sondages ont jusqu’ici surtout été centrés sur la valeur ajoutée des femmes dans les entreprises, compte tenu d’approches différentes du pouvoir et du management (CCIP, Arborus, Apec, CES, etc..).

Q A-t-on vraiment besoin d’études pour inciter les entreprises à faciliter l’accession des femmes au pouvoir ?

La rationalité occidentale a besoin de chiffres. Les arguments démocratiques, éthiques ne suffisent pas, ni la simple observation. En tous cas ils sont peu efficaces. Tout le monde admet en France la nécessaire égalité des hommes et des femmes, le fait qu’elles sont aussi intelligentes que les hommes, qu’elles ont plus de diplômes, qu’elles sont compétentes, travailleuses et ambitieuses…on a beau s’inquiéter de l’insuffisance de talents, gloser sur la diversité on pense peu aux femmes ! Il n’est pourtant pas difficile d’imaginer que des profils nouveaux, des approches éventuellement décalées, des priorités différentes, d’autres réflexes peuvent ouvrir des voies originales aux entreprises et les aider à se renouveler. Qui peut nier que la mixité est source de richesse, comme dans la vie… Si le bon sens est impuissant, on peut espérer que les chiffres et les indicateurs faciliteront une percée des femmes au pouvoir.